Marie-Claude Vaillant-Couturier, matricule 31685, militante de la mémoire

02/11/2012 16:12

Marie-Claude, née le 3 novembre 1912 à Paris, est l’aînée des enfants de Lucien Vogel et Cosette de Brunhoff, une famille protestante qui a soutenu le capitaine Dreyfus. Ses parents dirigent des revues culturelles, son père crée notamment le magazine Vu en 1928.

Marie-Claude choisit d’être reporter-photographe. Lors de longs séjours en Allemagne avec son père, journaliste d'origine alsacienne, Marie-Claude voit naître le nazisme. Dès 1932, en assistant à un meeting d’Hitler, elle mesure la violence extrême de sa propagande et son impact sur les citoyens allemands.

Parlant couramment l’allemand et attachée à la revue Vu comme photographe, elle participe à une enquête sur la montée du nazisme en Allemagne. C’est lors de ce voyage en 1933, deux mois après l’accession d’Hitler au pouvoir, qu’elle réalise clandestinement les clichés des camps d’Oranienburg et de Dachau publiés dès son retour en France. Elle effectue également pour Regards quelques reportages, notamment sur les Brigades internationales.

En 1934, elle adhère à la Jeunesse communiste et, en 1936,  participe à la fondation de l’Union des jeunes filles de France. Par ailleurs en 1934, Marie-Claude adhère également à l’Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires. A cette époque, elle devient la compagne de Paul Vaillant-Couturier, rédacteur en chef de l'Humanité. Elle l'épouse en septembre1937, quelques semaines avant la mort subite de celui-ci.

En 1938, elle entre au service photo de l’Humanité. Elle en prend ensuite la responsabilité, elle côtoie alors Gabriel Péri.

En 1939, elle partage sa vie avec Roger Ginsburger dit Pierre Villon, un architecte ayant travaillé pour l’Internationale communiste, devenu l'un des principaux responsables militaires de la Résistance, il sera élu député de l’Allier à la Libération.

Dès l’été 1940, témoignant d’un grand courage, car au fait des cruautés nazies, elle s’engage dans la Résistance. Elle participe à des publications clandestines, notamment à l’Université Libre et à l’édition de l’Humanité clandestine. Elle assure la liaison entre la résistance civile (Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l’Indépendance de la France) et la résistance militaire de l’Organisation Spéciale.

Cette activité résistante lui vaut d’être arrêtée le 9 février 1942 dans une souricière montée par les Brigades Spéciales qui capturent près de 150 Résistants communistes, tous cadres dirigeants ou proches de la Direction du parti. Tous les hommes seront fusillés et les femmes déportées.

Elle est internée jusqu’au 15 février 1942 au Dépôt de la Préfecture, puis avec ses camarades, elle est remise aux Allemands. Elle est placée au secret à la Santé. Elle y reste jusqu’au mois d’août 1942, elle est ensuite transférée au Fort de Romainville.

Le 24 janvier 1943, elle est déportée avec 230 camarades vers Auschwitz. En arrivant à Birkenau, sous les coups de crosses, elles croisent des colonnes squelettiques qui se rendent au travail. En passant le porche, elles entonnent la Marseillaise pour se donner du courage. On leur rase la tête et on leur tatoue sur l’avant-bras gauche le numéro de matricule (Auschwitz est le seul camp où les déportés sont tatoués). Elles subissent les hurlements et les coups de gourdins pour se rendre à l'appel qui dure plusieurs heures dans la neige et le froid glacial.

Le 24 février 1943, grâce à Danielle Casanova et du fait qu’elle parle couramment allemand, elle entre au Revier (infirmerie) des Allemands, qui ne contient aucun médicament et où toutes les maladies se propagent. Par sa position, Marie-Claude entre dans la Résistance du camp. Pendant les grandes épidémies de typhus des hivers 1943 et 1944, les brancards ont été remplacés par des chariots, du fait du nombre élevé des décès (de 200 à 350 mortes par jour). Marie-Claude est victime d’un typhus très violent et très long, elle reste en quarantaine pendant dix mois. À la sortie de la maladie, Marie-Claude reprend un poste au Revier.

Durant cette période, Marie-Claude et ses compagnes sont les témoins du génocide des juifs et des tziganes. Elle en témoignera devant le tribunal de Nuremberg en 1946.

Par les Juives arrivées de France vers juillet 1944, elle apprend qu’une grande campagne a été faite à la radio de Londres où l’on a parlé des conditions du transport, en citant Maï Politzer, Danielle Casanova, Hélène Salomon-Langevin, et elle-même. A la suite de cela, des ordres ont été donnés à Berlin d’effectuer le transport de Françaises dans de meilleures conditions.

Marie-Claude et ses compagnes françaises sont transférées à Ravensbrück le 4 août 1944. Elles ne sont plus que 49 du convoi de 230 détenues parties de Romainville.

Elle est incarcérée dans le bloc 32 voisin du bloc de Florentine. Marie-Claude est d’abord affectée à des travaux de terrassement, puis elle est mutée au Revier en raison de sa connaissance de la langue allemande.  Elle entre dans l’organisation de la Résistance interne du camp qui sauvera d'une mort certaine de jeunes déportées polonaises ayant servi de cobayes aux SS du camp.

Sa pratique de l'allemand la conduit ensuite à un emploi aux écritures. Elle assiste une déportée polonaise qui tient le registre d’appel. Début mars 1945, lorsque 1802 détenues sont désignées pour Mauthausen, elle s'arrange pour ne pas partir, en falsifiant le livre d’appel à la faveur du désordre qui commence à régner, afin de rester auprès des malades alitées au Revier. Beaucoup sont gravement malades, voire à toute extrémité.

Après le départ des déportées encore valides, le 23 avril 1945, Marie-Claude, le docteur Heidi Hautval, et d’autres déportées, notamment le médecin de l’armée rouge, Antonina Nikiforova, prennent en main l’administration du camp. Elles restent à Ravensbrück jusqu’à ce que tous les malades français soient évacués.

Ravenbrück est libéré le 30 avril 1945 par l’Armée rouge, mais Marie-Claude ne revient en France que le 25 juin 1945. Pendant ces semaines, elle se consacre aux malades en attente de rapatriement.

En 1946, Marie-Claude est citée comme témoin* au Tribunal de Nuremberg (lors de la quarante-quatrième journée, le lundi 28 janvier 1946). Lors de son témoignage face aux criminels nazis, elle marche vers eux, à la stupéfaction de la salle, pour les regarder droit dans les yeux, de très près.

Marie-Claude Vaillant-Couturier est déléguée à l’Assemblée consultative provisoire en 1945, puis elle est élue aux deux Assemblées Nationales Constituantes sur la liste communiste. Elle est réélue à l’Assemblée nationale en 1946, en 1951 et en 1956. En 1956, elle est membre de la Commission des affaires étrangères et de l’éducation nationale. Elle devient aussi vice-présidente de l’Assemblée nationale le 25 janvier 1956. Sous la cinquième République, elle redevient député de la Seine en 1962, puis du Val-de-Marne en 1967, jusqu’en 1974. En tant que parlementaire, elle intervient contre la politique coloniale, notamment sur le conflit indochinois, puis en sa qualité de vice-présidente de l’Assemblée, en interrogeant le gouvernement sur les tortures et les camps d’internement en Algérie.

Membre dirigeante de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) depuis la création de celle-ci en 1945, elle en devient vice-présidente, puis co-présidente en 1978. Elle est également l'une des premières animatrices de l’amicale d’Auschwitz.

En 1964, elle défend devant l’Assemblée Nationale la notion d’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, ouvrant ainsi la voie à la ratification, par la France en 1968, de la Convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité de ces crimes.

En 1987, elle est appelée par toutes les parties civiles à témoigner contre Klaus Barbie.

Lors de la création de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation en 1990, elle en est désignée unanimement présidente, puis présidente d’honneur jusqu’à son décès le 11 décembre 1996 à Paris.

Elle est nommée Chevalier de la Légion d’honneur le 20 décembre 1945 - Officier en 1981. Le 16 avril 1995, elle reçoit la cravate de commandeur de la Légion d’honneur des mains de son amie et camarade Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Le 1er février 1997, la FNDIRP organise une cérémonie d’hommage et édite à cette occasion un coffret.

En 2009, la place Marie-Claude Vaillant-Couturier, dans le 4ème arrondissement de Paris, est inaugurée en son honneur.

 

* Le témoignage complet de Marie-Claude est sur le site de la Fédération Nationale des Déportées et Internés Résistants et Patriotes FNDIRP :

Témoignage M.C VAILLANT-COUTURIER http://www.fndirp.asso.fr/temoigmcv...

ainsi que sur le site http://www.youtube.com/watch?v=NoN4...

Elle dira plus tard : « En racontant les souffrances de ceux qui ne pouvaient plus parler, j’avais le sentiment que, par ma bouche, ceux qu’ils avaient torturés, exterminés, accusaient leurs bourreaux ». De plus, elle soulignera plus tard combien la définition du crime contre l’humanité était « un progrès pour la conscience humaine ».