Henri Savale, homme engagé

20/07/2012 14:05

Henri, Louis, Victor Savale naît le 20 janvier 1896 à Darnétal (76). En 1921, il épouse Suzanne, Blanche Leblond, née le 7 octobre 1904 à Darnétal. Il perd ses enfants, tour à tour, Jeanne et Maurice âgés de 3 ans.

Henri Savale, combattant de la guerre de 1914-1918, entre à l'Hospice général de Rouen (76), le 1er avril 1933, où se déroule toute sa carrière. Comptable, il fait fonction de directeur à l'Hôtel-Dieu, puis devient Econome général des hospices. A la veille de la seconde guerre mondiale, il est Conseiller d'Arrondissement radical-socialiste et militant laïc.

Henri Savale n'accepte pas la défaite et l'Occupation. Le 14 juillet 1940, il arbore le drapeau tricolore sur la façade de sa maison et refuse, en dépit d'une visite de la police, de l'enlever. Entré en Résistance organisée par l'intermédiaire de son ami Césaire Levillain directeur de l'Ecole supérieure de commerce de Rouen (et fusillé le 4 mars 1944), il contribue à la constitution du réseau Cohors-Asturie. Il est d'autre part membre actif de Libération-Nord, ainsi que sa femme Suzanne, arrêtée par la Gestapo, le 29 mai 1943, puis déportée en Allemagne. Trois mois plus tard, le 17 septembre 1943, des membres de la Gestapo tentent de l'arrêter.

Mais il a quitté son domicile et est contraint de rester dans la clandestinité chez Lucien et Jeanne Patrelle, à St Jean de Frenelles, hameau de Boisemont (27) jusqu'à la Libération. Il n'y reste pas inactif, puisqu'il participe, de nuit, à des sabotages de voies ferrées avec Lucien Patrelle. Le jour, il prodigue son enseignement à José, enfant non scolarisé dont la famille juive est également cachée chez Jeanne et Lucien. Lorsque la maison des Patrelle est réquisitionnée en partie par un officier allemand, Henri s'échine à tousser, feignant une maladie pulmonaire afin de dissuader les Allemands de l'approcher.

A son retour à Darnétal, le 1er septembre 1944, les résistants et la population conduisent Henri Savale à la mairie. Le jour du retour de déportation de son épouse Suzanne, le 29 avril 1945,  il est élu régulièrement maire de Darnétal, importante commune de la banlieue de Rouen, il conserve sa fonction jusqu'à son décès. En octobre suivant, candidat radical-socialiste, il gagne le siège de Conseiller Général.

Henri Savale est candidat en quatrième et dernière position sur la liste radicale-socialiste conduite par André Marie dans la première circonscription de Seine-Maritime à quatre élections successives : aux deux Assemblées nationales constituantes, en octobre 1945 et juin 1946, puis aux deux premières législatures de la IVème République en novembre 1946 et juin 1951.

Entre temps, au renouvellement de mars 1949, il perd son siège à l'Assemblée Départementale dans une triangulaire, au profit de François Godet, maire RPF de Boisguillaume.

Le 6 septembre 1952, il perd son épouse Suzanne des suites des sévices subis en prison et en déportation.

Après le décès de Georges Heuillard, Député radical-socialiste, Henri Savale qui est alors Secrétaire Général de la Fédération radicale-socialiste est présenté par elle dans la 1ère circonscription de la Seine-Inférieure (appelée aujourd'hui Seine-Maritime) pour l'élection partielle du 14 décembre 1952. Le secteur correspond à l'arrondissement de Rouen et à l'ancien arrondissement de Neufchâtel, regroupant une population d'environ 450 000 habitants. Au premier tour, dépassant de peu son concurrent indépendant, il est placé en tête des candidats non communistes. Henri Savale est élu avec 79 123 voix au second tour sur 102 685 exprimés (52 %), soit une avance de 31 500 voix environ sur son principal challenger, le communiste Roland Leroy. Validé comme Député le 6 janvier 1953, il est nommé dans les jours suivants, membre de la commission de la famille, de la population et de la santé publique, de la commission de la marine marchande et de la pêche et de la commission de la reconstruction et des dommages de guerre. En 1954, il entre à la commission de l'éducation nationale et est désigné comme secrétaire de la commission de la famille, de la population et de la santé publique. Il dépose une proposition de loi portant codification de la profession de courtier inscrit et présente deux rapports pour la commission de la famille. En moins de trois ans de présence à l'Assemblée, il fait de nombreuses interventions, principalement sur les questions de santé et sur les problèmes scolaires à l'occasion des discussions budgétaires. Il s'intéresse aussi aux questions d'allocations pour les loyers aux économiquement faibles et cherche à faire progresser la réglementation sur les débits de boisson, notamment en essayant d'y faire interdire l'emploi de mineurs de moins de 21 ans.

Henri Savale est de nouveau candidat aux législatives du 2 janvier 1956, en deuxième position de la liste Marie dans la le circonscription. Mais, celle-ci ne recueille que 12,9 % des voix. Toujours Secrétaire Général de la Fédération radicale, il est candidat au Conseil de la République en juin 1958. En novembre 1958, il ne se représente pas aux élections législatives.

Il reste Conseiller Général du canton de Darnétal du 27 février 1965 au 18 juillet 1971, date de son décès à l'Hôtel-Dieu de Rouen. Jusqu'à la fin de ses jours, il restera ami avec la famille Patrelle.

Henri Savale, médaillé de la Résistance, a été décoré de la croix de Chevalier de la Légion d'honneur par le Président de la République, Vincent Auriol, lors de la venue de ce dernier à Rouen, en 1949.

Le centre d'activités culturelles de Darnétal porte son nom.

 

Sources : Assemblée Nationale, témoignages de Lucette Boullier et Jean-Max Garin

Photo de "l'oncle Henri" s'étant laissé pousser la barbe pour se vieillir, à St Jean de Frenelles chez Jeanne et Lucien Patrelle, en 1943-44.